« Send Nudes » – Exposition féministe en mars 2020

SEND NUDES

 

La Journée Internationale de Lutte pour les Droits des Femmes, le 8 mars, apparaît être le moment propice pour mettre en perspective les questionnements féministes auprès d’un public non-averti.
feature-11Les questions du statut de la femme et de la hiérarchie de genre transcendent tous les domaines de la société, l’art compris. Dès la seconde partie du XXème siècle, les femmes artistes se sont insurgées contre un modèle au sein duquel elles étaient sous-représentées, et où il apparaissait nécessaire d’être dans le sillage d’un homme pour espérer pénétrer le monde de l’art. En 1977 par exemple, l’artiste française Orlan monnayait ses baisers lors d’une performance au Grand Palais, vêtue d’une photographie grandeur nature de son buste nu faisant également office de tirelire ; cette intervention interrogeait non seulement la finalité de son statut de femme artiste, mais proposait également de mettre en exergue la volonté de sortir de son rôle de spectatrice pour apparaître, enfin, sur le devant de la scène.
Au sein de cette révolution sans précédent, le corps a donc joué un rôle décisif ; autrefois réduit au simple statut d’objet iconographique sans valeur, systématiquement idéalisé et représenté sans particularité ni pilosité, il est devenu un médium artistique à part entière et une arme politique d’une puissance incomparable. Comme Déborah de Robertis l’a exprimé en 2014 lors d’une performance où elle exhibait ses parties génitales devant l’Origine du Monde de Gustave Courbet, il était temps pour les femmes de sortir du cadre et de s’exposer au monde entier.
Dans une société où le « Body Positive » devient un argument Marketing dénué de sens et où le « Revenge Porn » est responsable de plusieurs centaines de suicides par an, ce combat et ces questionnements sont plus que jamais d’actualité. La nudité, encore taboue et considérée comme une menace sur les plateformes de partage de photographies et de vidéos en ligne, apparaît également comme l’un des sujets artistiques les plus explorés au monde. Photographes, peintres, illustrateurs, chacun possède sa propre vision du nu, qu’il soit poétique, érotique, politique, pornographique… De plus, malgré l’interdiction et la censure, la nudité s’expose de plus en plus sur les réseaux sociaux ; il convient donc de s’interroger sur ce phénomène de mise en ligne et sur les raisons de sa croissance, mais également de mettre en lumière le combat que mènent artistes et modèles au sujet de la libre exposition de cette nudité.
À travers cette exposition, nous voulons donc offrir aux artistes femmes et aux artistes issu·es des minorités de genre un espace d’expression libre, au sein duquel leur démarche et leurs recherches sur le corps sont pleinement valorisées. Nous voulons également mettre en avant une nudité libre, inclusive, assumée et dépourvue de toute connotation sexuelle. Qu’il soit mince, gros, lisse, poilu, mutilé, tatoué… Le corps mérite d’être regardé, mais il mérite surtout d’être célébré, et ce dans toute sa diversité.

 

À propos

Pour la troisième année consécutive, nous reconduisons le partenariat entre Art&Fac, association de la filière d’Histoire de l’Art et d’Archéologie de l’Université de Pau, et Solidaires étudiant·e·s Pau Occitanie, syndicat de lutte.
La première année, nous avions interrogé la grossophobie et les diktats imposés aux corps féminins avec l’exposition « Le corps féminin comme enjeu féministe » (mars 2018). En effet, la question de la grosseur est tout à fait signifiante du point de vue de l’histoire de l’art : les corps gros des femmes étant tantôt valorisés, tantôt dépréciés au grès des normes sociales, la vision actuelle de peintures érotisantes de femmes grosses peut paraître déconnectée des critères actuels. D’ailleurs, cette exposition a été reconduite à l’université Jean Jaurès de Toulouse en mars 2019 et s’est retrouvée partiellement détruite.
Pour la seconde exposition, nous avions choisi de nous arrêter sur le terme de « culture » dans toute sa polysémie : la culture du milieu de l’art, mais aussi les cultures dont nous sommes originaires. L’opposition est violente entre le milieu de la culture qui est fortement valorisé, élitiste, et les cultures extra-européennes de l’ouest qui sont dépréciées, stigmatisées. C’est sur cette violence que nous avions fondé notre exposition, en recevant des artistes qui tentaient de valoriser les deux aspects de leur statut : celui d’artiste et de personne originaire d’une culture rejetée.
Ces deux expositions ayant été, localement, de véritables réussites, nous sommes alors encouragées à les reconduire sous la forme d’un nouveau projet inédit, celui de l’exposition « Send nudes ».

 

Un projet participatif est proposé : [lien]

Commissariat d’exposition : Marion Cazaux, Chloé Lavigne
Date : 04 – 20 mars 2020
Lieu : Centrifugeuse, Université de Pau et des pays de l’Adour

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